Interview du Dr Philippe Wallon par "PSYCHO-ENFANTS" Magazine

Dr Philippe Wallon, pédopsychiatre, psychothérapeute et auteur de nombreux livres sur la psychologie et sur l’enfant. Il est également chargé de recherche à l’Inserm et intervenant dans les JOURNEES VIVRE MIEUX consacrées à l'enfant, proposées par SAVOIR PSY.


Laissons parler leur « cerveau chien »

Impressions, intuition… Lors d’un échange, nous ne percevons pas simplement ce qui est dit. Les non-dits, véhiculés par les gestes, les affects de notre interlocuteur, font également sens en nous.  Chez l’enfant, ce mode de communication est central jusqu’à l’âge de douze ans et rendu possible grâce à son « cerveau chien », selon Philippe Wallon, pédopsychiatre et intervenant des journées vivre mieux proposées par Savoir psy. Trois  extraits choisis de l’une de ces journées passionnantes.
"Ma pratique psychothérapique a évolué, peu à peu vers la « résolution de problème ». En effet, j’ai vécu au Québec, dans une culture typiquement nord-américaine, pas très longtemps certes, mais suffisamment pour en avoir gardé les enseignements. L’approche psychanalytique, certes, est fondamentale, mais elle doit être complétée par autre chose pour vraiment répondre aux demandes des patients, surtout ceux que je reçois.
Premier extrait : colère, tristesse, peuvent-elles s’exprimer devant  l’enfant ?
Il y a certains parents qui pensent avoir protégé leur enfant car ils ne leur ont pas montré leur émotion (lors d’un décès par exemple), surtout leur chagrin ou leur tristesse. C’est une grossière erreur de le croire. Freud rappelle que si une bouche peut se taire, notre corps ne se tait jamais. Tout notre comportement exprime notre pensée, nos préoccupations et nos joies mieux que jamais ne pourront le faire nos paroles, aussi précises soient elles. Les non-dits passent par notre comportement, que l’enfant mieux que tout autre, traduit aussitôt en sentiment – tout comme le fait l’animal – et qui constitue cet échange qu’on appelle « la contagion affective ». L’enfant perçoit ainsi, intuitivement, les choses, même s’il ne les ressent pas toujours précisément. Il est donc, pour cette raison, nécessaire de rester naturel, cohérent avec soi-même, pour que le message que nous lui transmettons soit aussi clair que possible."


Que comprend l’enfant ?

"Il faut se souvenir que le développement psychologique de l’enfant suit très précisément notre propre développement, enfant. Retrouver l’enfant qui est en soit ou l’enfant que nous avons été permet donc de mieux comprendre notre propre enfant. Nous pouvons ainsi (avec prudence) nous replacer, dans notre propre vie, pour évaluer comment lui répondre. En fait, intuitivement, nous percevons aussi quand nous pouvons lui dire telle chose (une séparation à venir, un secret de famille par exemple), et comment nous pouvons le faire. Si nous n’en sommes pas sûrs, il vaut mieux attendre. Mais si nous ne le faisons pas parce que nous n’osons pas l’affronter, il vaut mieux se lancer, en utilisant les mots les plus généraux tout d’abord, pour préciser les choses ensuite. Au lieu d’affirmer, par un indicatif présent (ton père et moi nous nous séparons) , nous pouvons alors utiliser une forme négative ou une tournure conditionnelle (Il est possible que ton père et moi…) s’il est en âge de comprendre, au moins partiellement, ces tournures de phrases."


Doit-on tout dire à l’enfant ?

"Il ne faut pas forcément tout dire avec des mots, surtout si la chose est grave. L’enfant ne comprend pas forcément le mot que nous employons, mais il en devine aisément le sens, il a le « chic » pour nous demander de le préciser, le cas échéant. Les silences, les non-dits, les tournures alambiquées sont souvent la pire des choses. Il faut donc choisir les mots les plus clairs, les moins ambigus, qui auront le mérite, en retour, de préciser notre pensée.  Il est parfois intéressant de reformuler ses réponses, à la manière d’un psychothérapeute (mais il faut le faire sans excès) : « Tu me dis ceci, tu penses cela… », et attendre qu’il approuve, corrige ou refuse."


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