Marie-Edith Charni-Robinne est psychanalyste d’orientation jungienne, spécialisée en psychanalyse transgénérationnelle et enseignante du "module de psychanalyse Jung"
à SAVOIR PSY.
l’OEdipe est-il "has been" ?
La question du complexe d’OEdipe, le sens qu’il revêt et la place qu’il tient dans la psychanalyse représentent sans doute l’un des principaux symptômes de dissension entre Jung et Freud.
PsychoEnfants : La psychanalyse nous a toujours répété que le complexe d’OEdipe
représentait un conflit psychique fondamental qui organisait l’identité de l’enfant.
Quel regard Jung porte-t-il sur ce complexe ? Le désapprouve-t-il ?
M.E.C.R. : "Non, il ne le nie pas… Il perçoit que la construction identitaire de l’enfant passe par un désir, par une attirance pour le parent du sexe opposé et par une hostilité passagère vis-à-vis du parent du même sexe. Mais pour lui, la libido n’est pas que sexuelle…"
Psycho-enfants : C’est-à-dire ?
M.E.C.R. : "Jung a développé, en rupture avec Freud, la notion d’une « libido » beaucoup plus large, entendue comme une énergie psychique (voir encadré), une force vitale très puissante, qui s’organise en chacun de nous et qui nous mobilise à être ce que nous devons être. Pour lui, cette énergie libidinale est centrale, elle a un sens, une dynamique,
une volonté d’être, mais seulement, à la différence de ce qu’affirmait Freud, Jung pensait qu’elle pouvait s’exprimer de mille manières différentes."
Psycho-enfants : Il s’agit là du grand point de désaccord
entre les deux hommes…
M.E.C.R. : "En effet, cette libido désexualisée représente un point de tension. Et ce n’est pas le seul. Concernant l’OEdipe, Jung considère les pulsions de l’enfant non pas comme un désir génital inconscient visant le parent de sexe opposé mais comme un désir inconscient de retour à la mère (mère entendue ici comme mère nourricière et créatrice).
Ce désir de retour, bordé par l’interdit de l’inceste."
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