VIVRE LA CRISE
Article d'Elizabeth Leblanc dans le cadre de l'Association "La Traversée".
Il y a quelques années, j’avais parlé de cette extraordinaire occasion de transformation que constitue cette perte de repères qu’on appelle la crise (« Eloge de la crise » – Idée Psy Septembre1999 et « La crise, rupture ou ouverture » – La Traversée novembre 2000).
Ce que je défendais est toujours aussi vrai aujourd’hui et peut être même plus.
L’effondrement des systèmes financiers nous amène à nous questionner sur ce qui est vraiment essentiel pour nous et ce que les biens matériels représentent réellement.
Que nous est-il demandé aujourd’hui ? D’effectuer ce « retournement » dont parle si bien Annick de Souzenelle, de rechercher au fond de soi les valeurs intérieures qui constituent en réalité la seule vraie sécurité. La crise dans laquelle nous sommes nous indique que nous avons fait fausse route : recherche exclusive de la satisfaction immédiate des envies, le refus de la frustration, l’évitement des limites du réel… La fuite en avant dans la consommation laisse l’homme éternellement insatisfait… ce qui démontre bien que la vocation de l’homme ne saurait se réduire à ce toujours plus matériel. Comme si la satisfaction des besoins fondamentaux par un objet concret – aussi beau, aussi luxueux, aussi technologiquement avancé soit-il – pouvait combler les nécessités de l’Homme ! Nous valons plus que çà ! A la différence de l’animal qui ne vit que par et pour la satisfaction de ses instincts, l’Homme est un être ontologiquement « non terminé » c'est-à-dire qu’il lui appartient de participer activement à son évolution et à décider du sens qu’il veut donner à sa vie.
Aussi je réagis vivement contre un mouvement fréquent aujourd’hui qui est de se rétracter sous le prétexte de prudence face à l’insécurité ambiante. Tout s’arrête, plus de projet, plus de perspective d’avenir ! Ce n’est pas parce que la réalité extérieure est devenue insatisfaisante et insécurisante que nous devons nous recroqueviller. La vie est là et plus que jamais nous devons la servir, la faire croître et la diffuser. C’est le moment, encore plus aujourd’hui, de faire des projets, d’entreprendre, de se documenter, de s’informer, de se former.
Quand comprendrons-nous que le chaos extérieur n’est que l’image projetée de notre chaos intérieur ? Cessons de nous lamenter, de nous plaindre de la perte du paradis et de la facilité illusoire et empruntons ce chemin certes difficile qu’est l’exploration du monde intérieur. Mieux se connaître, mieux se comprendre c’est aussi mieux connaître et mieux comprendre l’autre. Il s’agit aujourd’hui de rectifier son chemin en l’orientant non plus vers les seuls plaisirs illusoires et éphémères mais vers le véritable bonheur que constitue ce sentiment d’être à sa juste place dans le monde et dans une juste fonction.
Revenir à l’Humain avec tout ce que cela comporte de fragilité, de faiblesse, d’émotivité qui interfère avec le mental, d’émergences de l’inconscient qui perturbent le conscient. Revenir à cet Etre que nous sommes au fond de nous, de plus en plus conscient de lui-même, de l’autre, du monde.
Aujourd’hui, choisissons plutôt la lumière que l’ombre, le projet plutôt que le fatalisme, la vie plutôt que la mort. Nous avons le choix et il revient à chacun de faire ce choix en son âme et conscience. Et après, quoi qu’il se passe dans sa vie ou dans la vie de la collectivité, ce sera un plus, un jalon dans l’évolution, un degré ascendant de croissance vers toujours plus de lumière.