ETRE PSYCHOTHERAPEUTE
Article d'Elizabeth Leblanc dans le cadre de l'Association "La Traversée"
Avec les remous provoqués par le texte de loi sur la psychothérapie, nous avons été amenés à redéfinir les critères de formation du psychothérapeute.
Cela étant posé, j’aimerais m’intéresser à l’individu psychothérapeute. Au-delà de la fonction ou du rôle, au-delà de la persona, il y a un sujet, un être humain avec des sentiments et des émotions, eux-mêmes reposant sur l’histoire vécue par cet être, et aussi un système de valeurs opérant dans la relation à soi-même et à l’autre.
A mon sens une formation solide à la relation d’aide ne suffit pas à faire un « bon thérapeute ». Personnellement, en tant que psychothérapeute et formatrice de psychothérapeutes, je ne peux concevoir l’exercice de cette profession sans des qualités d’écoute et de cœur, des qualités d’abnégation et de compassion. Certes on parle rarement de cet aspect dans les débats sur la relation d’aide en général mais c’est à mon sens faire passer l’intellectuel et le rationnel bien avant l’humain.
Car finalement, au-delà des techniques utilisées, est-ce que le plus thérapeutique n’est pas cette vibration que le patient peut sentir en nous quand il parle de sa souffrance ? N’est-ce pas parce qu’il ressent que nous éprouvons à l’entendre la même colère, le même chagrin, la même joie, le même espoir qu’il peut recommencer à croire en la Vie.
Certes le processus de transformation est intime et solitaire. On ne peut rien faire, rien décider à la place de l’autre. Et si on se raconte qu’on peut le faire pour l’autre, « pour son bien », en réalité on le dépossède de son propre pouvoir d’évolution personnelle.
Et il en faut du courage, parfois, pour accompagner ce patient dans une plongée dans ses noires profondeurs, sans au moins tenter de soulager (artificiellement) ses souffrances, sans le conseiller, sans lui dire ce qu’il devrait faire (comme si nous le savions !). Mais c’est notre croyance en ses propres capacités à s’en sortir lui-même qui va le porter vers de nouvelles actions
Il nous en faut de la patience, parfois, pour entendre ce patient tourner en rond dans les mêmes ruminations, jusqu’à ce qu’un jour, un mot ou une phrase indique un changement. Mais c’est notre écoute bienveillante, dépourvue de tout jugement comme d’impatience, séance après séance, qui l’a rassuré et donné confiance, lui permettant d’oser de nouvelles pensées et de nouvelles perspectives.
C’est parce que nous croyons que l’homme est perfectible, que les blessures peuvent se refermer que nous pouvons accompagner l’autre.